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(extrait de l’ouvrage ‘’Les Oiseaux
de Marcy l’Etoile’’)
« L'Oedicnème criard (Burhinus
oedicnemus), étrange oiseau plutôt nocturne, est sans nul doute, le
fleuron de notre avifaune locale.
Bien qu'en petit nombre, difficile
d'ailleurs à estimer tant l'oiseau est discret, il semble être relativement
bien présent sur Marcy et les communes environnantes. Une étude scientifique
de cette espèce a d'ailleurs été menée sur le territoire de la Communauté
Urbaine de Lyon par le Centre Ornithologique Rhône-Alpes, à la demande de la Mission
Ecologie Urbaine du Grand Lyon.
Elle a permis de mieux connaître sa répartition autour de l’agglomération
et plus particulièrement dans l'ouest lyonnais.
L'espèce
est très peu connue. Il faut dire que l'oiseau est très furtif, discret, peu
actif le jour, de couleur brune, rayé, très mimétique, et, s'il n'y avait pas
les chants et cris nocturnes, où là il mérite bien son nom d'Oedicnème
"criard", sa présence pourrait facilement passée inaperçue.
C'est un petit échassier migrateur qui arrive au tout début de mars
(typiquement entre le 2 et le 5 mars), très fidèle à son site de
reproduction. Hôte des steppes semi-désertiques, des landes, des zones sèches
et caillouteuses, on le rencontre aussi, comme chez nous, dans les zones cultivées.
L’oiseau aime les milieux ouverts, à végétation basse, là où il peut voir
de loin venir la prédation. On l'observe ainsi surtout sur les champs après le
labour, dans les chaumes, parmi les jeunes pousses de maïs, mais aussi dans les
pâtures, quelquefois très près des habitations.
C'est un insectivore, capturant au sol larves, coléoptères, insectes
divers, parfois petits rongeurs ou invertébrés.
L'espèce
est assez peu commune en Europe. Seule l’Espagne possède une population
encore florissante. Les effectifs sont très faibles dans les autres pays d’Europe,
quand l’espèce n’y a pas déjà disparu. Une récente enquête évalue
entre 6000 et 8000 le nombre de couples nicheurs en France, dont seulement
environ 230 dans le Rhône. La disparition de ses sites de nidification, par
suite de l'urbanisation et des techniques modernes de l'agriculture, explique la
lente régression de l'espèce en Europe.
Mais
revenons à Marcy l’Etoile...
L’Oedicnème y est nicheur
depuis longtemps, même si la première reproduction n'a été notée qu'en 1989
avec l'observation de deux poussins en juillet aux Verchères (dont l'un fut
malheureusement tué par un chat).

Puis, en juin 94, un site de reproduction est découvert aux Pierres Folles où
un couple est observé pendant toute la période de couvaison (malheureusement
infructueuse). De 95 à 99, ce même couple sera observé avec un ou deux
poussins, nés fin mai ou début juin au même endroit. Malheureusement, il va
probablement disparaître puisqu’un lotissement y est construit en 2000 tout
près du lieu de ponte.
L’espèce est très fidèle à ses sites de nidification, mais elle
recule devant l’urbanisation de la commune. Elle était sûrement autrefois
plus abondante, et les anciens agriculteurs du village la connaissent bien , même
si ce n’est que sur son surnom de ‘’Courlis
de terre’’....
On peut penser
qu'elle nichera encore pour quelques années à Sainte-Consorce, sur les zones
agricoles des Grandes Terres, peut-être sur le plateau de Méginant où deux
couples sont eux aussi menacés par les projets d’extension de la zone
industrielle et de construction de voie routière. A Marcy, quelques oiseaux
sont souvent observés vers le stade, mais la reproduction n’y a pas été notée....
Les zones un peu favorables de la Combe-aux-vers seront bientôt longées par
une voie routière de contournement... Peut-être l’espèce
s’installera-t-elle à Grangeneuve, mais son avenir, si près de l’agglomération,
est bien incertain...
Il
faut être patient pour arriver à observer un oiseau en plein champ. Couleur de
terre, celui-ci se tapit au sol à l’approche d’un danger. S’il ne bouge
pas, même un ornithologue confirmé pourra mettre plusieurs dizaines de minutes
avant de le repérer... peut-être !... Parfois, seul un œil jaune est
perceptible entre les mottes de terre.
Malgré tout, contentons nous de
l’observer aux jumelles sans s’approcher...
Il n'est pas
rare que les agriculteurs le voient s'envoler devant eux lors des travaux
agricoles. Parfois, ils peuvent découvrir les œufs en pleine terre et les déplacer
avant le passage du tracteur. Souvent, les premières pontes sont détruites,
mais la femelle fera une ponte de remplacement. Lorsque les semailles sont
terminées et que les pouces de maïs commencent à sortir de terre, le couple
n’a alors à craindre que le passage d’un Milan noir, mais surtout celui des
chats que les propriétaires du voisinage devraient absolument garder à la
maison d’avril à juillet... Malheureusement, ceux-ci sont souvent peu
soucieux des dégâts dont ils sont légalement responsables vis à vis de ces
espèces rares et protégées !....
C'est à la
tombée de la nuit que l'on entendra ses cris assez facilement reconnaissables,
bien que difficiles à transcrire sur papier : une sorte de "kirrriii...kirrriii..."
répétés, assez aigus et grinçants. Les deux oiseaux, mâle et femelle,
chantent et crient.
Le mâle est
très difficile à distinguer de la femelle bien que paraissant un peu plus gris
et contrasté, le centre sombre des plumes ressortant mieux sur le gris-brun du
plumage. Il semble parfois légèrement plus grand et plus élancé, avec un
sourcil blanc plus net et mieux marqué jusqu'au front. La femelle est plus brun
sombre, un peu plus striée, mais les stries sombres ressortent moins. Tout ceci
est très délicat à apprécier sur le terrain et dépend de l'attitude des
oiseaux et de l'éclairage.
L'oiseau
est très peu actif pendant la journée, sauf pendant le nourrissage des
poussins. Il se cantonne au milieu de sa parcelle, se déplaçant
furtivement de temps en temps ou s'occupant à faire sa toilette. Lors des soirées
d'avril, on pourra surprendre des comportements nuptiaux : le mâle tourne
autour de sa partenaire, le corps basculé en avant, la queue dressée à la
verticale. Il ébauche des constructions de nid, déplaçant quelques cailloux,
se couchant plusieurs fois en simulant la couvaison. La femelle l'imite alors.
L'accouplement, très bref, a été observé quelquefois de jour.
Le
comportement nocturne est assez peu connu. Il est probable que les oiseaux
explorent des prairies rases et des labours à la recherche de leurs proies.
Lors de la
couvaison qui dure environ 25 jours, en plein champ, dans un nid qui n'est
d'ailleurs qu'une simple dépression du sol, cerclée de petits cailloux, les
oiseaux se relaient périodiquement, environ toutes les 30 minutes. C'est
souvent le seul indice qui permet à l'observateur de prouver la nidification.
En cas de danger, le couveur s'éloigne furtivement de ses œufs et n'y
reviendra qu'avec une infinie discrétion.
A l'éclosion
des poussins, fin avril ou début mai pour une première ponte, en juin ou même
début juillet en cas de deuxième ponte, les adultes emportent rapidement au
loin les morceaux de coquilles. Les poussins, nidifuges, ne resteront qu'une ou
deux journées dans le nid, la plupart du temps sous les plumes de la femelle.
Puis, les jours suivants, ils commenceront à suivre en courant leurs parents
qui leur déposent la nourriture au sol. Ils sont encore très vulnérables au
passage d'un chat ou aux roues du tracteur devant lequel ils ont malheureusement
le réflexe instinctif de se tapir au sol. L'agriculteur qui les aperçoit peut
les prendre dans les mains très facilement et les déplacer en arrière de
l'engin. »
A noter que les sorties programmées sur Marcy et
Sainte-Consorce permettront (presqu’à coup sûr) à ceux qui ne connaissent
pas cet oiseau de le découvrir dans son milieu naturel (de début mars à mi
octobre).
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